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Economie : Forêts: 30.000 hectares disparaissent chaque année
Posté par Googler le 17/8/2005 9:38:50 (280 lectures)

· 7,5 millions de m3 de bois de coupes sauvages

· Les communes ne respectent pas leur cahier des charges

La forêt marocaine est en péril. La désertification gagne du terrain et les eaux souterraines se font de plus en plus rares. D’année en année, les surfaces boisées diminuent, les lacs s’assèchent et les sources se tarissent. D’après des sources au Haut-Commissariat aux Eaux et Forêts (HCEF), les pertes annuelles sont estimées à 30.000 hectares. Peut-être qu’elles sont plus importantes encore… Difficile à savoir.

Ces pertes sont dues à plusieurs facteurs. En premier, la surexploitation des produits de la forêt, qui alimente les budgets des communes rurales. Selon la charte communale, c’est à elles que reviennent la totalité des recettes de l’exploitation forestière. Le même texte stipule toutefois que ces communes ont l’obligation de consacrer 20% des recettes générées par la forêt à sa reconstitution. «En réalité, aucune commune ne respecte cette clause», soutient Mourad Taroq, chef du service Reboisement au Haut-Commissariat aux Eaux et Forêts. Au contraire, elles ne cessent d’exercer des pressions sur le Haut-Commissariat pour augmenter les surfaces d’exploitation et renflouer leur caisse. La forêt assure donc à certaines collectivités l’essentiel de leurs ressources financières.
L’idéal serait de changer cette loi obsolète et d’ôter aux communes ce privilège. Il faudrait aussi qu’il y ait une loi interdisant la coupe de certaines essences précieuses et de celles qui ont besoin de beaucoup de temps pour se régénérer. Malheureusement, beaucoup tirent profit de cette manne et s’opposent, voire bloquent systématiquement toute évolution du cadre législatif et réglementaire. Dans certaines régions, il existe de véritables mafias de pillage des forêts.
De leur côté, les Centres de développement forestier (CDF), chargés de surveiller l’espace forestier, ferment parfois les yeux sur les coupes illicites, pour des «raisons sociales».
Ce ne sont pas les exemples qui manquent. A la forêt de Bouskoura par exemple, les espaces où les arbres ont été sauvagement rasés abondent. A première vue, la forêt est intacte, mais dès que l’on s’aventure un tout petit plus en profondeur dans les bois, le spectacle devient triste et désolant et les nombreuses coupes d’arbres enlaidissent le paysage. Idem pour la forêt de Mamora, dont la superficie diminue d’année en année.
Les forêts d’arganier situées dans la province d’Essaouira ne cessent non plus de reculer. Selon des estimations, des milliers d’hectares disparaissent chaque année. L’arganeraie marocaine régresse en termes de superficie et surtout de densité. Dans les provinces d’Al-Hoceïma, Azilal et Taza, les pertes annuelles de forêts sont estimées à 6.000 hectares.
Les défrichements, c’est-à-dire les pressions exercées par les populations locales sur les forêts pour satisfaire leurs besoins de terrains de culture, sont également une cause importante de la dégradation forestière. Ils sont à l’origine de la perte de 5.000 hectares par an. Les prélèvements de bois de feu (à usage domestique et traditionnel) contribuent fortement aussi à la désertification. Pour avoir une idée, la consommation de bois de feu est estimée à 10 millions de m3 par an, dont 75% sont d’origine illicite.
Le surpâturage est un autre problème. «La charge des troupeaux dépasse de trois à cinq fois la possibilité pastorale du domaine forestier», constate Mourad Taroq, chef du service Reboisement au HCEF. Les incendies, pour leur part, détruisent annuellement 3.000 hectares de forêt.


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Où va l’argent des produits forestiers?



Ce sont les directions régionales du Haut-Commissariat aux Eaux et Forêts qui décident de l’exploitation des forêts. Chaque direction régionale réalise des études techniques, destinées à fixer les quantités à prélever sans porter atteinte au capital de la forêt. L’on analyse la croissance des arbres, leur fertilité par zone d’exploitation, la nature des terrains, le gibier et la faune.
Sur la base de ces études, des «règlements d’exploitation» sont déterminés, et précisent où, quand et à combien, les coupes peuvent intervenir. Ces règlements sont ensuite validés par Rabat.
Le produit d’exploitation est ensuite vendu aux enchères et un prix de référence est fixé, au-dessous duquel il est interdit de descendre. La méthode du gré à gré est très rarement utilisée. Parfois, les ventes sont réalisées par adjudication publique.
Le prix principal de vente est versé en totalité sur le compte des communes. Des taxes sont également prélevées sur les recettes de ces ventes: 20% vont au Fonds national forestier, 10% à la province, 1,6% au budget de l’Etat. Enfin, 4 à 5 dirhams par stère vont au fonds de réfection des chemins forestiers.

Nadia BELKHAYAT


Source : L'Économiste

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