“Barakat Mohamed”, c'est avec cette phrase que la Cité des Alizés reçoit ses visiteurs. L'expression, écrite sur un petit édifice, est installée, depuis les années 70, pour reproduire le signe qui caractérisait le jumelage entre les villes saintes de l'Islam et Essaouira.
La cité est bâtie sur une presqu'île rocheuse qui s'avance dans l'océan en une suite d'îlots éparpillés sur le littoral.
Essaouira, blanche et bleue, est exposée aux vents et aux marées d'équinoxe. Entourée de murailles successives, percée de nombreuses portes et une forteresse rythmée d'imposants fortins et bastions. La ville est située à 350 km au sud de la métropole économique de Casablanca, à 175 km à l'Ouest de Marrakech et à 820 km au nord de Laâyoune.
Longeant l'Avenue Mohammed V, qui sépare la ville nouvelle et son quartier administratif de la corniche, une vue panoramique à travers la mer calme ne peut pas passer inaperçue.
Le port de la ville est le premier lieu à visiter. C'est la raison d'être de la création de la ville. À l'époque, il en était le point névralgique. Toute la vie de la cité s'organisait autour de lui. C'était le port sardinier et céréalier le plus important de tout le Maroc. À la fois port de pêche, port marchand et champ naval.
Au cœur de ce port, la porte monumentale, “Porte de la Marine”, est construite entièrement en pierre taillée. Au fronton, une inscription arabe fait remonter la date de la construction à 1184 de l'Hégire (1771). Une porte mitoyenne de style manuèlien permet l'accès à la Skala du port. Cette dernière est une plate-forme fortifiée de 200 m de long, constituée de deux ailes qui se coupent à angle droit de chaque côté de la porte monumentale de la marine. Elle est dominée dans les extrémités Est et Ouest par deux tours carrées solidement bâties en pierre et flanquées chacune de quatre tourailles. Sur la Skala du port, on peut admirer l'île Mogador. Le lieu où les civilisations de l'ancienne Méditerranée implantèrent leurs comptoirs commerciaux et leurs fabriques de pourpre.
En quittant la Skala du port, on descend vers la Place Moulay Hassan, ancien emplacement du Palais Royal où actuellement sont installés plusieurs cafés terrasses et bazars.
La rue qui longe les remparts abritant la ville de la houle d'hivers et, autrefois, des assauts des bombardiers, nous mène vers la majestueuse Skala de la médina, ou Skala de la Kasbah. Celle-ci est constituée d'une plate-forme à deux niveaux solidement bâtis avec deux portes monumentales donnant sur la Kasbah et une troisième menant au Derb Bni Antar.
La médina d'Essaouira ressemble à la ville de Saint-Malo en France. Les deux tours de la Skala du port sont identiques à la Tour de Bélème à Lisbonne, inscrites sur la Liste du patrimoine mondial. La médina s'étend sur une trentaine d'hectares répartis en quartiers bien délimités. Six portes monumentales dont les baies sont en pierre de taille assurent la communication du centre historique avec son environnement.
Sur la rue Laâlouj, la synagogue Attiya symbolise la convivialité qui existait entre les habitants musulmans et juifs de la ville. La place Chefchaouni, ou place méditerranéenne évoque l'architecture andalouse. Par-dessous l'horloge, on retrouvera le reste des jardins du Méchouar qui va nous mener vers les autres ruelles de la médina. En descendant vers l'avenue Sidi Mohamed Ben Abdellah, on retrouve les zaouias et l'ex-Dar Dheb, ancienne banque où l'on frappait les pièces de monnaie au XIXe siècle.
Pour s'approvisionner, les Souiris se dirigent vers l'avenue Zerktouni qui réunit les bouchers, les légumiers et les bonnetiers. Ce lieu doit être traversé avec grande piété puisqu'il renferme les grandes zaouias de la ville.
Au nord de la ville se trouve Bab Doukala, un monument de grande importance constitué d'une porte principale, associée à deux autres secondaires, destinées auparavant au logement des gardiens et des dépôts.
D'un côté de la porte, nous avons accès au Mellah, ancien quartier où résidaient les juifs de la ville jusqu'en 1967. De l'autre côté, on longe la muraille pour retourner à la médina par une petite porte qui permet de traverser la rue Chbanate. En traversant cette rue, on rêve de la ville au passé : les tribus marocaines venant s'installer dans la ville voulaient garder leur mode de vie. Ainsi, il nous est permis d'apprécier les particularités du quartier souiri : l'échoppe côtoie l'école coranique, l'atelier, le bain maure, la mosquée, le four, la fontaine et le ryad.
Dès sa création, Mogador a été un carrefour de cultures et de civilisations. La ville est peuplée de ces tribus mais aussi de familles venues de tous horizons.
Aujourd'hui, Essaouira est le chef-lieu d'une province de près d'un million d'habitants. La ville vit principalement de l'artisanat, du tourisme et de la pêche (troisième port sardinier du Maroc). La vie industrielle y est bien représentée, avec des conserveries de poissons et une importante tannerie qui suscite un beau travail du cuir (maroquinerie, vêtements…).
Parmi les artisans, les ébénistes sont spécialisés dans le travail du bois et des racines thuya (bois d'arrar) qu'ils marient en de savantes marqueteries avec le citronnier, le cèdre mais aussi l'ébène, la nacre et des métaux précieux. Les bijouteries cisèlent l'or et l'argent en filigrane, travail très spécifique à la ville.
La vie artistique à Essaouira, en particulier dans le domaine de la peinture et de la sculpture, est très intense. Essaouira demeure un lieu magique de créativité artistique axée sur le patrimoine culturel marocain.
La ville a de tout temps attiré les artistes et écrivains du monde entier. Bon nombre d'entre eux y ont vécu périodiquement. Pour n'en citer que quelques-uns : Erik Orsenna, Scott Simons, Patrice Chéreau, la troupe du Living Théâtre, mais aussi des musiciens : Leonard Cohen, Cat Stevens, Jimmy Hendrix, les Rolling Stones…
Dans les années 1960 – 70, la ville et ses alentours subissent une vague hippie qui amène avec elle sa musique et ses concerts de rock.
Mais aujourd'hui, ces rythmes se sont tus pour laisser de nouveau la place au souffle du vent et à la musique traditionnelle des gnaouas et à la fusion des cultures.
Maintenant, les festivals et les événements culturels organisés à Essaouira sont les plus connus au Maroc et à l'étranger…
La ville conservée
La médina d'Essaouira relativement récente (deux siècles) est assez bien conservée comparée à d'autres médinas du Maroc. Cependant, elle est de plus en plus confrontée à des problèmes de dégradation dus au manque d'entretien, à la sur-densification et à l'érosion naturelle.
En plus du vieillissement des structures et des matériaux, le cadre bâti subit l'action de la mer (physique et chimique), l'érosion éolienne (vents forts durant presque toute l'année), les infiltrations des eaux pluviales et les remontées capillaires.
D'autre part, la forte densité au sein des quartiers du centre historique provoque la fragmentation des maisons traditionnelles les plus spacieuses en plusieurs ménages. Le problème de l'indivision et la spéculation immobilière participent aussi au processus de dégradation entamé par la nature. Toutefois, plusieurs travaux de restauration, de réhabilitation et de revalorisation ont été effectués au cours des dernières années.
Parmi les plus importants :
La restauration d'une partie des remparts côté mer (tronçon Sud), la consolidation (colmatage des brèches) et restauration d'un tronçon de la muraille du mellah, la restauration et réhabilitation du bastion Ouest en espace d'exposition artistique. La réfection des arcades du souk jdid par un enduit fausse pierre, le système d'assainissement de la médina, les bornes-fontaines historiques de la médina.
La restauration de toute la muraille du côté terre sur une superficie de 20.000 m2 par le ministère des Affaires culturelles et la municipalité d'Essaouira. Le coût global de cette opération a été d'environ 2 millions de dirhams.
La Skala du port historique a été également restaurée ainsi que les portes monumentales et les quartiers.
Ces opérations ont été réalisées par l'Inspection des monuments historiques et des sites d'Essaouira, le Programme Localising Agenda 21, l'Adefram (Association de développement des échanges franco-marocains), Association des compagnons du devoir, la municipalité d'Essaouira, l'Office de développement d'exploitation des ports, ENDA-Maghreb (ONG internationale) et l'Office national de l'eau potable.
Ainsi, tous les monuments classés patrimoine national sont restaurés à 80 %, sans compter les efforts du secteur privé et des particuliers qui sont de plus en plus sensibles au patrimoine culturel de la ville (restauration et réhabilitation des anciennes demeures avec l'assistance technique des services compétents).
Des efforts supplémentaires restent toutefois nécessaires en raison de l'état de délabrement de certains monuments.
I.N. | LE MATIN