Pour la plupart des citadins ayant la chance de posséder un balcon, ces quelques mètres carrés constituent un refuge dont ils s'occupent avec un soin particulier. Cet espace représente à la fois un lieu préservé, propice à l'intimité, et un endroit que l'on a plaisir à montrer à ses amis.
Marrakech, ancienne cité des Rois du Maroc, est prise d'assaut par les Français, les Italiens et les Américains, ce qui lui vaut de connaître un essor rapide. Mais si le Maroc a misé sur la modernité, il n'en reste pas moins un pays où les traditions tiennent une place importante. Marrakech est aujourd'hui une ville cosmopolite de plusieurs millions d'habitants et un lieu de confrontation entre différentes cultures. Les paradoxes de cette cité sont visibles sur les toits. On trouve des terrasses aménagées sur lesquelles des amateurs de soleil se prélassent parfois tout nus au bord d'une piscine, alors que les toits de la médina restent le domaine réservé des femmes musulmanes.
À l'abri des regards masculins, elles discutent de terrasse à terrasse tout en lavant et en étendant leur linge. Il peut même arriver qu'elles y gardent leurs moutons ou leurs chèvres. La discrétion caractéristique de l'architecture musulmane est rompue ici ou là, dans les quartiers où les Juifs résident depuis toujours. Les maisons de Mellah, la vieille ville juive, sont ainsi pourvues de balcons et de larges fenêtres, ce qui tranche avec les façades des habitations musulmanes aux fenêtres grillagées et perpétuellement fermées.
Dans le film documentaire "les toits de Marrakech " retransmis pour le deuxième fois en ce mois d'août, sur la chaîne télévision Arte, Claus Peter Josten retrace la vie à Marrakech vue des toits : ce parti pris fait ressortir les contrastes inhérents à la ville – entre passé et présent, pauvreté et richesse, médina et nouveaux quartiers à l'ambiance animée.
Ce documentaire met en évidence la richesse d'une ville faite de contrastes qui, à l'image du Maroc, brasse à un point extrême les cultures, les religions et les styles architecturaux. Le réalisateur explique les raisons qui l'ont amené à choisir les toits de la ville ocre: "Nous avons choisi Marrakech, parce que les terrasses de cette ville nous semblent proches du quotidien du pays entier, proche des us et coutumes des Marocains en général ".
Sur les prises de vue, M. Josten souligne : "Nous avons suivi les indications et trouvé des femmes sur leur terrain, lavant le linge, bavardant dans leur intimité, curieusement filmées avec le "steadycam" de notre caméraman Nicolas Vieillard. Avec ses travellings au travers des ruelles de la Mellah, comme celles de la médina, il conduit le téléspectateur à marcher dans le plan, comme s'il y était lui-même ".
Source : LEMATIN