La liste de courses au supermarché ? Des pâtes, du papier toilette, un nouveau barbecue... et pourquoi pas un Picasso.
Costco, le géant américain de la grande distribution, propose en ce moment un Picasso de 130.000 dollars, le tableau le plus cher que la société ait jamais mis en vente depuis qu'elle a décidé en novembre 2004 d'offrir des œuvres d'art sur son site internet, à côté des produits électroniques, d'épicerie ou matériel de jardinage. "Atelier de Cannes", dessin sur papier réalisé par le maître en 1958, peut être acquis sur Costco.com, pour 129.999,99 dollars.
Le site, qui assure une authentification garantie par la fille du peintre, Maya, offre une brève présentation de l'artiste ("Pablo Picasso, généralement considéré comme un des artistes majeurs du 20e siècle"), et précise que, comme n'importe quel autre, "le produit peut être rapporté dans l'un de nos 400 dépôts", sans limite de temps, si le client n'est pas satisfait.
Le roi du discount, avec ses produits vendus en gros volumes dans de sommaires dépôts, explique avoir également une clientèle aisée. "Nous vendons des bagues en diamant à 20.000 dollars", insiste Liz Elsner, vice-présidente de Costco.com.
Pour la chaîne, l'art agit aussi en produit d'appel. "Il attise la curiosité et attire les gens vers notre site", dit la représentante de la compagnie, qui se fournit auprès d'un marchand d'art de Floride et indique recourir à des experts de renom pour authentifier les oeuvres.
En début d'année, deux autres dessins de Picasso, de 35.000 et 40.000 dollars, se sont vendus en moins de trois jours au rayon "beaux-arts" de Costco.com, qui depuis sa mise en place revendique un florissant chiffre d'affaires de 600.000 dollars. En ce moment, une dizaine de pièces sont offertes, lithographies de Chagall (à 8.799,99 dollars), Toulouse-Lautrec ("Au Moulin Rouge - La danse", 2.849 dollars) ou Modigliani ("Jeanne Hebuterne assise", 689,99 dollars).
Président de l'Association des marchands d'art d'Amérique (ADAA), Richard Solomon estime que "cela reflète la fascination pour l'art d'un public de plus en plus large. Tant que cet art est authentique et de qualité, c'est fabuleux. Plus le public est exposé, mieux la société et les marchands d'art se portent".
Mais le représentant des galeristes ne veut pas y voir une concurrence sérieuse.
"C'est bien sûr la compétition, mais je ne vois pas cela comme une menace directe", assure-t-il. "La vente d'art et de grands noms chez un distributeur de masse est probablement un phénomène limité, l'occasion pour eux de gagner quelque publicité, mais je ne la vois pas s'étendre comme un feu de forêt et révolutionner la distribution de l'art". En attendant, Costco affiche son pragmatisme et son sens des affaires. Si "Atelier de Cannes" n'est pas parti d'ici deux mois, il sera retiré des rayons.
"Nous offrons le genre d'oeuvres que les gens demandent", explique Mme Elsner. "Nous parlons aux vendeurs d'art et nous savons ce que les gens veulent en ce moment. Chagall, Picasso, Peter Max, Leroy Neiman. Alors, c'est facile pour nous de changer nos linéaires. On fait rentrer les pièces, et si elles ne se vendent pas, on les remplace par d'autres". Un seul critère de sélection cependant, outre les faveurs de la mode : aucune ne doit contenir de nu, quitte à priver les clients des plus beaux Modigliani.
"Nous voulons éviter toute nudité... Notre clientèle est très diverse, ce n'est pas la peine d'offenser qui que ce soit".
Source : LEMATIN