La presse libanaise fait état vendredi de divergences au sein du pouvoir au lendemain des déclarations du chef de la Commission d'enquête internationale sur la mort de l'ex Premier ministre Rafic Hariri qui a recommandé le maintien en détention de quatre hauts responsables.
"Les poursuites engagées à leur encontre (des quatre responsables sécuritaires) ont provoqué un problème traduisant une tension politique croissante et présagent des développements inquiétants", estime le quotidien à grand tirage An-Nahar.
"La conférence de Mehlis a immédiatement eu des retombées politiques qui ont secoué le pouvoir et se sont manifestées par les déclarations du président de la République Emile Lahoud et celles, immédiates, du Premier ministre Fouad Siniora et du député Saad hariri", leader de la majorité parlementaire, poursuit le journal.
Le chef de la Commission d'enquête internationale, le magistrat allemand Detlev Mehlis, avait indiqué, lors d'une conférence de presse jeudi, avoir "recommandé" à la justice libanaise de maintenir en détention les quatre hauts responsables sécuritaires arrêtés mardi, parmi lesquels un proche collaborateur du président Lahoud, "pour les besoins de l'enquête et pour leur propre sécurité". Il s'agit du chef de la Garde présidentielle, le général Moustapha Hamdane, de l'ex-directeur général de la Sûreté générale, le général Jamil Sayyed, de l'ex-directeur de la sécurité intérieure, le général Ali el-Hajj et de l'ex-directeur des Renseignements de l'armée le général Raymond Azar.
Après les déclarations de M. Mehlis, le président Lahoud avait demandé, dans un communiqué, au "ministère de la Justice et aux autorités judiciaires libanaises concernées de parachever l'examen des dossiers" des officiers arrêtés. Il les a appelés à "s'assurer des preuves irréfutables et des dépositions des témoins auprès de la Commission d'enquête et de les corroborer avec les éléments déjà entre les mains" des autorités libanaises. Le Premier ministre libanais Fouad Siniora et Saad Hariri, fils de Rafic Hariri, avaient promptement réagi, appelant les responsables libanais à ne pas interférer.
"Le pouvoir se fissure", titre le journal As-Safir. "Ce qui figure dans le dossier transmis par la Commission d'enquête internationale au procureur général est important et grave", souligne une source judiciaire citée par le quotidien. Le quotidien Al-Mostaqbal, propriété de la famille Hariri, accuse "Lahoud d'interférer dans la procédure judiciaire". Pour le journal Al-Balad, l'annonce du magistrat Mehlis "a provoqué une crise entre le "président et le Premier ministre".
"Les tentatives de Lahoud d'influencer la justice se sont retournées contre lui: des poursuites ont été engagées (contre les quatre officiers arrêtés), les déclarations de Siniora et celles du fils Hariri", estime le quotidien Al-Liwa.
Source : AFP