Retour à Essaouira, carrefour inspiré des cultures du monde

Date 30/6/2005 11:41:59 | Sujet : Culture

Festival des gnaoua : Youssou N'Dour le chanteur sénégalais avait enthousiasmé les spectateurs de la représentation finale en renouant avec les racines africaines, souvent oubliées, du Maroc

La scène est électrifiée et le musicien, emporté lui-même par la vague, ne se lasse pas de demander à un public envoûté : "Est-ce que ça va ? N'êtes-vous pas fatigués ? ".Youssou N'Dour avait pour mission, difficile en effet, de clôturer cette 8ème édition du Festival des gnaouas en véritable apothéose, ravivant pour une heure et demie encore cette convivialité qui est devenue le propre d'Essaouira.

Son regard et sa voix sublime se projetaient sur l'immense scène de Bab Marrakech, elle couvrait les 450.000 personnes selon les services de police, regroupées, fédérées en fait autour d'un symbole: l'universalité d'une ville devenue désormais le pont culturel.

Le maestro venu du terroir sénégalais redonnait à Essaouira ses lettres de noblesse avec sa voix de messager qui aura chanté l'Afrique dans tous ses états, en français et en wolof, convié le monde à plus de compassion aux douleurs de ses habitants, produit enfin une véritable onde choc.

Ce n'est peut-être pas un hasard si Youssou N'Dour a été programmé pour la clôture de la 8e édition. Il est à la fois celui par qui le festival retrouve ses racines africaines et en même temps un dépositaire de son universalisme.
C'est cette dimension qui désormais imprègne la manifestation annuelle à laquelle participent de nombreux musiciens et des centaines de milliers de mélomanes ou citoyens venus de partout.

Pas moins de 9 scènes aménagées, fonctionnant simultanément, emplies et déroulant leurs spectacles comme un infini tour de sons et de mots, faisant déployer toutes sortes d'instruments, mélangeant les genres et les rythmes. Pendant quatre jours pleins, le souffle n'a jamais ralenti, la course n'a autant précipité les uns et les autres dans le bain populaire et l'ambiance fraternelle.
Entre les concerts sur les grandes scènes, Place Moulay Hassan et Bab Marrakech notamment, les lilates et les concerts acoustiques avec les maâlems Koyou, Hayat Lâarch, Stitou ou Moustaqim, les lilas avec les mâalems Hmida Boussou, Allal Soudani, Makhzouni, Belghiti, Benthami, ou concerts off, c'était une interminable fête de joie et de bonheur, colorée et bigarrée, rythmée et intense.

On se réveille pour replonger aussitôt dans le mouvement de la musique qui vous accompagne sans relâche, partout dans une ville que l'on dirait organisée et aménagée spécialement pour une telle aventure, des grandes ruelles animées aux petits recoins où se concentrent des centaines de personnes, jeunes et moins jeunes, enfants et femmes baignant dans la plénitude d'une joie partagée.
Ce qui ne gâte nullement une fête collective, qui donne du piquant à la musique prise dans son sens cosmopolite, de grands noms se sont joints au festival et joué en fusion extatique avec leurs homologues souiris, marrakchis, en parfaite harmonie.

Le magicien de la flûte qui porte bien son nom, Magic Malik, Malik Mezzadri de son vrai nom, venu de France a littéralement enchanté son public. Arto Tunçboyaciyan, l'arménien aux cheveux gris a tout pour enchanter les mélomanes des percussions et des chants venus d'ailleurs, mélange de Turquie d'où il vient et des Etats-Unis où il vit. Il y a ensuite Louis Winsberg, guitare toujours en bandoulière, pur génie qui exécute jazz, flamenco et percussions indiennes ; Nantha Kumar venu tout droit de Singapour…

Si le festival a démarré jeudi soir en crescendo sur la scène Moulay Hassan, il a tout de suite donné le ton. Trois mâalem, Hamid Kasri, Abdelkébir Merchane et Abdeslam Alikane se sont succédé, accompagnés de Julien Lourau, Boyan Z, Etienne M'Bappé, Roger Biwandu, Louis Winsburg et Nantha Kumar qui ont apporté la touche moderne et internationale.
Chez Kébir et à Dar Souiri, les concerts acoustiques, véritables petites veilles en cercles fermés où circulent non-stop les gens, les groupes ont joué en intimité avec un public curieux et attentif.

Même mouvement sur les autres scènes, Place al-Khayma, au Marché aux grains ou à la Sqala de la médina qui n'ont pas désempli une seule soirée.
L'un des grands moments, celui qui a produit une sorte de symbiose artistique et humaine, aura été l'hommage sublime et partagé rendu vendredi 24 juin à Abderrahman Pacca, associant un immense public dans une même et unique ferveur.

Nas El Ghiwane, son propre groupe, se sont associés à Jil Jilala et à Lemchaheb à travers quelques uns de leurs représentants emblématiques pour célébrer un musicien hors pair, qui pour avoir été absent lors de cette cérémonie, ne pesait pas moins par une présence invisible et imminente.

Omar Essayed, Mohamed Edderham et Sousdi entre évocations et déclamations se sont produits au grand bonheur d'un public replongé dans les années triomphales d'un groupe – et surtout d'un homme – au faîte de son talent. Les jeunes groupes, nombreux et variés, se sont produits sous les encouragements et les applaudissements d'une foule qui n'a cessé de grossir.

Invités officiellement pour la première fois sur scène, ils apportent la touche de synthèse, polissant une musique fusionnelle, entre rock, gnaoui, reggae, blues, funk et jazz. Le groupe Darga, qui a précédé Youssou N'Dour à la clôture a confirmé sa révélation faite à Casablanca au "Boulevard des Jeunes musiciens", Les «Midnight Shems» de Kénitra et les Rif Gnawa ont donné aussi la pleine mesure de ce que peut être le talent jeune, impatient mais précis, laborieux aussi.

On ne saura oublier ces arrières scènes, montées à l'ombre des grandes mais omniprésentes, comme cette fusion-électro qui a vu deux grandes figures comme DJ Cheb I Sabbah et DJ U-Cef. Le premier s'appelle en réalité Serge Elbaz, juif d'origine berbère, né en Algérie et exilé sur la côte ouest des Etats-Unis , il est la compositeur talentueux qui retrouver ses origines maghrébines en réalisant à…Marrakech en 2005 "La Kahéna, voix du Maghreb" ! Le deuxième DJ est Youssef Adel, natif de Rabat et installé à Londres. Tous deux ont occupé la plage le 24 et 25 juin face à une foule nombreuse.

C'est une réelle fusion des hommes et des musiques, un festival où le chant et la poésie peuvent à la limite n'apparaître que comme un prétexte à cette symbiose humaine. Les Gnaouas ont encore une fois ouvert leur porte et leur cœur au monde, charriant avec eux plus de 500.000 visiteurs. Un chiffre indicatif, qui donne la mesure du succès et de la vision fraternelle d'un événement considérable désormais.

Record : 450.000 spectateurs
La 8e édition du Festival gnaoua et musiques du monde, qui a pris fin dimanche soir à la place Bab Marrakech sur des notes du "rossignol de Dakar", Youssou N'Dour, a drainé plus de 450.000 visiteurs, contre 400.000, lors de la précédente édition, selon les organisateurs de cette manifestation.
Organisée du 23 au 26 juin sous le haut patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, cette édition a connu un franc succès sur tous les plans, tant la qualité des artistes et des spectacles était d'un très haut niveau, ont déclaré les organisateurs à la MAP, faisant remarquer que cet événement international a été largement couvert par plus de 200 journalistes étrangers et par bon nombre de chaînes satellitaires de renom.

Il s'agit essentiellement de chaînes de télévision anglophone, hispanophone, arabophone, francophone et même russophone, en plus de chaînes américaines telles ABC News et Channel 4 qui ont envoyé à Essaouira leurs équipes qui se trouvaient à Bagdad pour montrer un autre visage du monde arabe et de l'Islam ouvert et en paix, ont-ils tenu à préciser. Au concert de clôture, tant attendu, des centaines de milliers de mélomanes ont vibré au rythme de la musique de la star africaine Youssou N'Dour, dont la musique mérite amplement l'appellation "World music". Le public avait également rendez-vous avec des documentaires, des expositions, un hommage à un des grands maâlems gnaoui, en l'occurrence Abderrahman Paca du groupe Nass El Ghiwane.

Une programmation aussi fascinante que cosmopolite, respectant les valeurs de fraternité et d'universalité chères au festival. Carrefour d'échange et de dialogue, le festival accueille tous les courants d'expressions musicales autour des musiciens magiciens d'Essaouira et offre la possibilité de rencontres sur scènes de géants de la musique de divers horizons.

K. A. | LE MATIN



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