
Ils ont la parole : La Jeunesse, ses défis et ses espoirs
Date 21/8/2005 14:35:22 | Sujet : Maroc
| Youssef Cheffoui, président de l'association «Espoir de Salé»
Le chômage est le plus grand problème qui affecte la jeunesse marocaine. Les jeunes passent des années à la fac ou parfois dans des instituts supérieurs et se retrouvent en chômage. De fait, ils perdent confiance dans le système d'enseignement.
Avec l'avènement du Roi Mohammed VI, nous avons perçu une lueur d'espoir. Le Roi s'intéresse aux jeunes et à leurs problèmes. Il les place au rang de ses priorités. C'est pourquoi, nous avons vécu le nouveau règne avec beaucoup de satisfaction et d'espoirs aussi. Mais si au plus haut niveau de l'Etat, nous avons compris que les jeunes sont la véritable richesse de pays, au niveau des responsables ministériels ou locaux, le message n'a pas été bien compris. Malgré le vent d'ouverture qui a soufflé sur le pays ces dernières années, je pense qu'il y a toujours un fossé entre l'ancienne et la nouvelle génération. Le manque de communication est patent et le courant ne passe pas toujours ou mal entre les deux. Pour l'ancienne génération, nous sommes considérés comme toujours des mineurs et des incapables. On ne nous fait pas confiance. Cela inhibe les initiatives et freine notre élan.
Sanaa Elaji, concepteur-rédacteur dans une agence de communication
Le gros problème se pose sur le plan culturel. A part les colonies de vacances, rien n'est fait pour les jeunes. Les espaces de loisirs, les espaces d'incitation à la lecture, ou même les espaces de sport manquent pour les jeunes. Pour moi, les deux autres grands défis à relever dans notre pays, c'est l'enseignement et l'emploi.
Les universités continuent de fabriquer des chômeurs. Les jeunes passent des années à la fac et en fin de compte, ils se retrouvent sans perspectives, ni visibilité pour leur futur.
La réforme de l'enseignement supérieur n'a rien apporté de nouveau. On se débat toujours dans les mêmes problèmes.
Cette situation favorise malheureusement l'apparition de phénomènes sociaux dangereux comme l'extrémisme religieux et la délinquance. Nous avons d'un côté des jeunes renfermés, intolérants, capables de commettre des horreurs et de l'autre côté des jeunes, insoucieux qui noient leurs problèmes dans l'alcool et la drogue.
Et pourtant, la jeunesse marocaine est formidable et elle a pu le prouver pas mal de fois.
Elle est animée par un élan patriotique formidable. Il n'y a qu'à voir comment elle sort manifester sa joie dans la rue à chaque fois que le Maroc gagne dans une compétition sportive internationale.
Mohamed Ajeddi, président de l'association «Chabab Takkaddoum» Je pense qu'il y a eu un changement ces dernières années. De part mon expérience dans le domaine associatif, je peux affirmer qu'il y a un changement palpable dans le comportement des responsables vis à vis des jeunes. Ils sont plus à l'écoute de nos problèmes.
Il y a à peine quelques années, il était inconcevable que le wali reçoive des jeunes et discute avec eux autour de la même table. Je pense que sur le plan symbolique c'est très important.
Mais cela dit, les jeunes souffrent toujours de beaucoup de problèmes notamment le chômage. Après des années passées dans les Facultés et les instituts, ils se retrouvent face à l'amère réalité et aux problèmes économiques et sociaux.
Les efforts fournis pour trouver et dynamiser le marché de l'emploi restent insuffisants et ne portent pas toujours leurs fruits.
Je pense que le dernier discours de SM le Roi relatif à l'Initiative Nationale pour le Développement Humain représente une bouffée d'oxygène pour nous dans la mesure où il s'agit de mettre en œuvre une politique de proximité au profit des couches sociales les plus défavorisées.
Cette initiative est très importante car les politiques antérieurs n'ont pas eu des retombées directes et concrètes sur les jeunes qui sont la principale richesse de ce pays.
Ayoub Ajmi, gérant d'une société de maintenance informatique
Les jeunes Marocains ne se sentent pas toujours concernés par ce qui a été réalisé durant ces dernières années, qu'il s'agisse de la Moudawan, des droits de l'homme ou de la lutte contre la pauvreté et la précarité…Les jeunes souffrent toujours des discours creux. Ce qu'ils veulent, c'est du concret.
Malheureusement, nos politiciens n'arrivent pas à comprendre cela. D'ailleurs, pour la majorité des jeunes que je connais, le seul acteur politique est le Roi. En ce qui concerne les problèmes auxquels sont confrontés les jeunes, il y a en premier lieu le chômage qui prend malheureusement des proportions alarmantes. C'est un mal qui touche presque toutes les familles marocaines. Qui dit chômage, dit manque de ressources.
La cherté de la vie surtout le loyer représente un grand handicap pour les jeunes qui veulent créer un foyer. On parle de mesures pour aider les jeunes. Franchement, ces mesures ne sont jamais appliquées.
Par exemple, les crédits des jeunes promoteurs, les crédits immobiliers restent inaccessibles à la grande majorité des jeunes Marocains.
Je pense que pour dépasser ces difficultés, il faut commencer par demander des comptes aux responsables qui ont géré le pays de façon calamiteuse depuis des années. Et puis, je pense qu'il faut aider les jeunes à aller travailler à l'étranger, bien dans le respect des lois. Propos recueillis par Abdelwahed Rmiche | LE MATIN
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