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Dossiers du maroc

Interview accordée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI au quotidien arabe "Asharq Al-Awsat". (23/07/2001)

SM le Roi Mohammed VI a accordé une interview au journal arabe
paraissant à Londres, "Asharq Al-Awsat", dans laquelle le souverain fait un
large tour d'horizon des questions nationales et aborde plusieurs sujets d'ordre
international. 




Cette interview, recueillie par Abderrahmane Ar-rached, rédacteur en chef du quotidien et
publiée mardi, est la première du genre accordée par le Souverain à un organe de
presse arabe.



Voici le texte intégral de cette interview :



Question: 

Cela fait presque deux années que vous êtes aux commandes, au Royaume du Maroc.
Etes-vous satisfait du bilan de la période écoulée ?



Sa Majesté le Roi : 



Satisfait, non. car s'agissant de mon pays, rien n'est jamais assez et rien n'est
suffisamment bien fait. l'ambition qui m'anime et la volonté qui m'habite sont celles de
faire mieux et de pouvoir donner davantage. En tant que Roi, Je suis le premier serviteur
des Marocains. Mon père, que Dieu ait son âme, nous a appris, dès notre jeune âge, à
nous mettre à la disposition de tous les Marocains, et Dieu, le tout puissant, va m'aider
à assumer cette responsabilité au mieux des intérêts du Maroc. 



Question: 



Majesté, en tant que monarque qui règne et gouverne, après la disparition de Votre
père - que Dieu ait son âme -, comment voyez-vous la structure de l'Etat et les
changements que nécessite la situation politique, notamment pour ce qui concerne la
configuration des partis politiques ?



Sa Majesté le Roi :



Le Maroc n'est pas seulement attaché à la monarchie, mais aussi à la personne du Roi.
La mort de mon père, que Dieu bénisse son âme, a été un choc profond pour les Marocains,
qu'ils soient hommes politiques ou non. Il était donc prévisible et normal qu'après un
événement de cette force et d'une telle charge émotionnelle et affective, de grandes
interrogations se fassent jour. Aujourd'hui, après l'émotion, après les questions, le
débat est plus franchement politique et l'on évoque souvent l'émergence de nouveaux
partis. Le Maroc, vous le savez, est fier d'avoir toujours été un pays pluraliste, et
notre constitution consacre le pluralisme. Si un parti veut se constituer dans le respect
de nos valeurs, de nos lois et de nos institutions, rien ne s'y oppose. mais comme Je vous
l'ai dit, Je suis le Serviteur de tous les Marocains, qu'ils soient à l'intérieur des
partis ou ailleurs. Je suis à la disposition de tous. La même situation, vous le savez,
s'est produite après le décès de mon grand-père, SM le Roi Mohammed V, que Dieu l'ait
en sa sainte miséricorde. Feu Mohammed V a libéré le Maroc alors que mon père, Feu SM
le Roi Hassan II, que Dieu ait son âme, a voulu et construit la démocratie et il a
installé les institutions qui l'encadrent. Mon rôle, quant à moi, est de consolider en
l'affirmant, l'héritage que m'a légué mon Auguste père, dans le respect de la
constitution, laquelle consacre et protège le pluralisme politique qui est l'une des
composantes historiques et structurelles de notre vie politique.



Question: 



Peut-on connaître les échéances électorales, puisqu'on en parle de plus en plus ?



Sa Majesté le Roi :



Ces élections auront lieu à la date prévue.



Question :



Dans les délais prévus ? 



Sa Majesté le Roi : 



Oui à leur date si Dieu le veut. J'avais l'intention de l'annoncer dans le discours du
trône, mais puisque que vous me le demandez, Je vous le confirme, les élections auront
bien lieu à la date prévue. A vrai dire, Je ne veux pas retarder cette échéance, bien
au contraire, Je préfère que ce scrutin ait lieu le plus tôt possible pour que les
hommes politiques servent leur pays et pas seulement leurs partis et qu'ils puissent dans
cette perspective privilégier l'action et pas seulement le débat politique ou
électoral. 



Question: 



Permettez-moi, Majesté, de vous poser une question sur votre façon de gérer les
affaires de l'Etat. Est-ce que Vous intervenez dans les actions des ministères et du
gouvernement ? Est-ce que Vous avez Votre propre politique à cet égard ?



Sa Majesté le Roi : 



Chacun assume le rôle qui lui incombe. Les partis jouent leur rôle. Le gouvernement
assume le sien. Moi aussi Je remplis la mission qui est la mienne. Il en est de même des
conseillers. Je travaille en équipe. Je traite les questions qui me sont soumises.
S'agissant des affaires étrangères, de la défense, de l'intérieur, des affaires
religieuses et de la justice, ce sont des prérogatives qui me sont dévolues
constitutionnellement. Mais cela se fait, évidemment, en coordination avec le
gouvernement. Car il n'existe pas un gouvernement au sein du palais et un autre en dehors
du palais. Nous constituons un gouvernement qui est homogène, avec Monsieur Abderrahmane
Youssoufi (Premier ministre), pour lequel J'ai beaucoup d'affection et d'estime. Il a donc
son rôle à jouer. Je m'entends bien avec le Premier ministre et avec tous les membres du
gouvernement. Certains s'interrogent sur le rôle du Roi au Maroc. Et bien mon rôle,
c'est de répondre aux attentes des marocains et de veiller à la bonne gestion de leurs
affaires. C'est, du reste, le rôle qu'assumait Mon père - que Dieu l'ait en sa sainte
miséricorde -. Ainsi, certains projets nécessitent une plus grande célérité dans le
traitement. J’interviens alors, mais en coordination avec les ministères concernés.



Question: 



Permettez-moi, Majesté, de vous demander ce qui vous différencie de Votre Regretté
père - que Dieu ait son âme -. Vous avez, en effet, précisé au début de cet
entretien, que Votre grand-père - que Dieu ait son âme - était le libérateur du pays
et que c'est Votre père qui a mis en place la constitution et les institutions. Mais,
peut-on connaître les différences d'approches et de préoccupations dans le travail ?
ainsi Votre père a vécu des circonstances différentes et traité des questions d'une
autre actualité, relevant notamment de la période de la guerre froide.



Sa Majesté le Roi : 



Je dis toujours que Mon grand-père et Mon père, que Dieu ait leurs âmes, ont fait
l'essentiel. le premier a libéré le Maroc, le second a bâti les institutions. Certes,
les priorités diffèrent. les priorités d'hier ne sont pas celles d'il y a une vingtaine
d'années, et encore moins celles d'il y a une quarantaine d'années. Les besoins
évoluent également. pour moi, les priorités d'aujourd'hui se situent essentiellement
dans la sphère économique et sociale. Je considère également comme vitale la synergie
et l'interaction à construire avec la société civile, notamment dans le combat que Nous
menons contre la pauvreté et les exclusions, ainsi que pour améliorer nos performances
dans l'enseignement. 



Il y a aussi le problème de l'eau qui est pour Nous une préoccupation majeure. Le Maroc
est un pays qui vit essentiellement du tourisme et de l'agriculture. Dans ces deux
secteurs fondamentaux pour notre économie, l'eau occupe une place centrale. Chacun sait
l'importance de nos exportations agricoles, surtout dans la perspective de notre future
zone de libre-échange avec l'Europe et nous devons faire de notre mieux pour être en
situation optimale à l'heure de ce grand rendez-vous. Il en va de même pour le tourisme.
grâce à Dieu, cette année les résultats ont été très bons. Jusqu'à maintenant, et
avant que la saison estivale ne s'achève, ce secteur a enregistré une progression
substantielle. 



Autre priorité et autre atout, les Marocains résidents à l'étranger et qui reviennent
au Maroc pour passer leurs vacances. Ils reviennent parce qu'ils retrouvent leur pays et Nous
avons l'obligation morale de tout mettre en ouvre pour les accueillir au mieux et pour
faire en sorte que les pays d'accueil par lesquels ils transitent, en Europe notamment,
qu'il s'agisse de la Belgique, de la Hollande, de la France, de l'Allemagne, de l'Espagne
ou de l'Italie, les traitent avec égard et équité. N'oublions pas, dans ce chapitre
économique et social, les privatisations ainsi que l'action du fonds Hassan II pour le
développement dont le rôle est de contribuer à l'optimisation de notre stratégie de
croissance, qu'il s'agisse des infrastructures, de l'investissement industriel et
touristique ou du déblocage des handicaps que chacun connaît dans le foncier. Pour ce
qui est de l'emploi, la relance de l'investissement et l'accélération de cette
croissance peuvent nous aider à améliorer le score. Mais, il y a une difficulté qui est
presque culturelle dans notre pays, dans la mesure où la plupart des demandeurs d'emploi
veulent travailler dans l'administration, ce qui est tout simplement impossible. C'est une
situation que l'Europe d'ailleurs a connue après la deuxième guerre mondiale. Il nous
faut donc reconnaître que cette attitude ne nous facilite pas la tâche et il est
impératif que l'initiative personnelle et la création individuelle reprennent le dessus.
Il s'agit là d'un changement qui s'impose et qui peut être déterminant pour le Maroc de
demain.



Question :



Permettez-moi de Vous demander de nous parler de Votre personnalité par rapport à celle
de Votre Regretté Père, et de nous indiquer l'image qui, selon Vous, devrait être celle
d'un Roi ? 



Sa Majesté le Roi : 



Mais pourquoi voulez-vous qu'il y ait nécessairement différence ?



Question : 



Ce que je veux dire, c'est que chacun a son style et sa personnalité. Ainsi, le Roi
Abdallah de Jordanie diffère, par le style, de son père le Roi Hussein - que Dieu ait
son âme -. C'est une différence de forme et de style.



Sa Majesté le Roi : 



J'ai une personnalité à la fois conforme et différente de celle de Mon Regretté Père,
que Dieu l'ait en sa sainte miséricorde. De toute façon, chacun a son style, sa
personnalité propre, mais les principes de base sont immuables et nos objectifs demeurent
les mêmes. Je ne vois pas de différence dans nos engagements, ni dans nos obligations ou
dans nos convictions. Je ressemble certes à Mon Père mais II savait que J'avais des
points de vue qui étaient les Miens. Cela n'a jamais fait problème car Il Nous a
toujours habitués à respecter les sensibilités de chaque génération. la nouvelle
génération respecte celle qui l'a précédée et Mon Père, que Dieu ait son âme,
pensait aussi que les générations anciennes devaient respecter celles qui suivent et
leur conférer l'espace de réflexion et d'expression dont elles ont besoin. Je pense que
ceci est valable aussi pour Sa Majesté le Roi Abdallah, lui aussi a la même politique
que son regretté père, le Roi Hussein, que Dieu ait son âme, mais Sa Majesté le Roi
Abdallah a sa propre personnalité.


Question: 



En répondant à l'avant dernière question, vous avez évoqué vos relations avec
l'Europe. Je voudrais, à cet égard, savoir où en sont les négociations qui ont été
suspendues sur la question de la pêche entre Vous et l'Europe. Que s'est-il passé au
juste ?


Sa Majesté le Roi : 



Dans ce dossier de la pêche, ce n'est pas Nous qui avons fermé la porte, c'est l'Europe
qui l'a fait. Et si l'Europe désire revenir aux négociations, elle sera la bienvenue. Ce
qui s'est passé, c'est que, à l'ouverture des négociations, les Européens savaient
pertinemment que Nous nous désirions pas le renouvellement du précédent accord signé
en 1995. Nous avons donc été surpris par l'Europe qui a voulu reconduire un accord
conclu six ans plus tôt. 



Question: 



Qu'attendez-vous des Européens ? 



Sa Majesté le Roi : 



Concernant nos rapports, Nous attendons de l'Europe moins qu'une totale adhésion et plus
qu'une simple association. Mon père, que Dieu ait son âme, me disait que l'Europe devait
tenir les promesses avancées par les responsables européens : Nous avions par exemple
convenu avec les Européens d'un certain nombre de mesures relatives à la surveillance
des côtes, en particulier méditerranéennes, pour combattre l'immigration clandestine. A
ce jour, Nous demeurons dans l'attente du soutien européen convenu et conforme à ce qui
avait été arrêté entre nous il y a plus de sept ans. Nous avons fait ce que Nous
avions à faire mais Nous n'avons rien vu des promesses européennes concernant cette
question à responsabilité partagée. 



Question: 



Est-ce que Vous Vous en êtes ouvert aux Européens ?


Sa Majesté Le Roi : 



Ce sujet est discuté lors de chaque visite au Maroc des responsables européens. La
volonté existe dans le cadre des relations bilatérales et des relations multilatérales
du processus de Barcelone. Nous voulons aboutir à davantage de partenariat. Mais, ce que
Nous avons conclu n'a pas donné, jusqu'à présent, les résultats escomptés. 



Question: 



Puisque Vous parlez également des relations bilatérales, qu'en est-il des rapports
tendus avec l'Algérie ? peut-on séparer la question du Sahara et la maintenir à part




Sa Majesté le Roi : 



Non. Vous connaissez la position de l'Algérie concernant le projet onusien qui a été
adopté par le Conseil de Sécurité à l'unanimité. Pour Notre part, Nous ressentons une
réelle satisfaction, les faits et les responsabilités sont davantage clarifiés en vue
d'une solution du problème. En réalité, sans la question du Sahara, il n'y aurait pas,
aujourd'hui, de problèmes entre l'Algérie et Nous. En effet, cette question a pollué le
climat entre les deux pays depuis plus de vingt cinq ans. D'ailleurs, l'Algérie
reconnaît sa responsabilité dans cette situation. Malgré cela, il n'existe pas de
problème au niveau des dirigeants. Au contraire, nos rapports sont empreints de respect
mutuel et nos contacts téléphoniques avec son excellence le président Bouteflika sont
continus. En outre, notre ministre des affaires étrangères et le directeur de mon
cabinet se sont rendus en Algérie où ils ont rencontré S.E le président Bouteflika et
d'autres responsables algériens et ils ont discuté du Sahara pendant plus de sept
heures. Notre ministre de l'Intérieur a fait une visite similaire avec le même agenda.
Les rapports avec l'Algérie ne sont donc pas mauvais mais ils pourraient être meilleurs
et ils le seront par la grâce de Dieu. Il n'en demeure pas moins que la question du
Sahara empoisonne les rapports entre les deux pays.




Question: 



C'est une question que Vous avez hérité du passé ? 



Sa Majesté le Roi : 



En fait, J'ai vécu l'évolution du problème du Sahara et J'ai eu la chance de voir
s'écrire une nouvelle page de l'histoire du Maroc avec la récupération de notre
territoire. J'appartiens donc à une génération qui a vécu le problème du Sahara.
C'est une cause très importante pour Nous et Nous n'y renoncerons pas d'autant plus
qu'elle fait l'unanimité de tous les Marocains et de tous les partis politiques, qu'ils
soient au gouvernement ou dans l'opposition. la question du Sahara est déterminante pour
le Maroc et pour l'ensemble de la région. sans stabilité au Sahara, il ne peut y avoir
de stabilité dans le Maghreb Arabe. Je considère, pour ma part, que la résolution
onusienne est une victoire pour Mon Père - que Dieu ait son âme -, une victoire pour
tous les Marocains, une victoire pour la génération qui a vécu la genèse de ce
dossier.



Question: 



N'existe-t-il pas de nouvelles formules pour régler cette question qui n'a que trop duré




Sa Majesté le Roi : 



Nous sommes engagés par la résolution onusienne soumise au Conseil de Sécurité,
évidemment dans le cadre de la souveraineté marocaine. Pour notre part, Nous avons
déjà beaucoup fait. 



Question: 



Il Vous est arrivé de parler avec passion de la question de l'Education à laquelle vous
accordez un intérêt exceptionnel. peut-on connaître Votre vision pour ce secteur vital




Sa Majesté le Roi : 



Effectivement, l'Education pour Moi est quelque chose de fondamental. évidemment, il y a
les programmes établis par le ministère de l'Education Nationale, mais il existe,
parallèlement, un projet de lutte contre l'analphabétisme. Par conséquent, Nous
oeuvrons sur deux fronts, celui de l'enseignement et celui de l'alphabétisation. Le
Maroc, comme vous le savez, a franchi des pas importants dans ce domaine. En effet, plus
de 50 pour cent de la population marocaine vit en milieu rural et est confrontée aux
problèmes de l'éloignement et de l'accès aux écoles et aux autres établissements
scolaires, ce qui oblige de nombreux élèves à interrompre leurs études. Pour surmonter
ces difficultés, J'ai beaucoup travaillé ces derniers mois, avec la société civile et
le ministère de l'Education Nationale, pour que tous les Marocains, où qu'ils soient,
puissent accéder à l'éducation. De même, Nous avons mis en place avec le ministère
des Habous et des Affaires Islamiques un programme permettant d'utiliser les mosquées à
des fins d'éducation et d'alphabétisation. C'est une expérience d'autant plus probante
qu'elle s'adresse à toutes les catégories sociales. Il est à noter à cet égard que
les femmes représentent plus de 60 pour cent des bénéficiaires de ce programme. Nous
espérons doubler le nombre des bénéficiaires l'année prochaine. Par conséquent, le
problème ne réside pas tant dans l'enseignement proprement dit, que dans les moyens qui
doivent être mis à la disposition des Marocains pour leur faciliter l'accès en plus
grand nombre aux établissements scolaires et les aider à parachever leurs études. 



Question : 



Dans le passé on parlait abondamment de la privatisation. Où en est-elle aujourd'hui ?



Sa Majesté le Roi : 



Notre programme va se poursuivre au même rythme. C'est un processus qui a commencé au
début des années 80. D'importantes entreprises publiques ont déjà été privatisées.
En fait le Maroc est donné en exemple en la matière. Car les opérations de
privatisation qui ont eu lieu ont, grâce à Dieu, donné des résultats très probants.
C'est un indice important de la stabilité, du savoir-faire et de la crédibilité du
Maroc. Les opérations qui ont été menées jusque là Nous ont aidés et ont permis la
création du fonds Hassan II pour le développement. Comme je l'ai précisé auparavant,
ce fonds est destiné à renforcer les infrastructures qui ont un impact direct sur
l'évolution du pays et l'accélération de sa croissance. 



Question : 



Nous avons tous en mémoire la privatisation du GSM, où le Maroc a mené une expérience
d'avant-garde dans le monde arabe. Nous avons même constaté que vos sociétés de
téléphonie ont exporté leur expérience et remporté des contrats dans la région.



Sa Majesté le Roi : 



Cela est vrai pour la Tunisie et la Mauritanie et peut-être aussi le Mali et le
Sénégal.



Question : 



En revanche, le projet d'Open Sky semble marquer le pas. Or, le gouvernement marocain a
été le premier à lancer cette idée sans toutefois la mettre en pratique. Pourtant
cette ouverture des airs et du ciel trouve déjà son application en Algérie, au Liban et
dans d'autres pays. Pourquoi cette réforme tarde-t-elle à voir le jour alors que le
Maroc est un pays qui compte beaucoup sur le tourisme ?



Sa Majesté le Roi : 



Le dossier est à l'étude et cette réforme verra le jour bientôt, Inchallah.



Question : 



Vous évoquez de grands projets dont le financement requiert des investissements
importants. Ma question est comment entendez-vous donner confiance aux investisseurs, ici,
dans Votre pays ?



Sa Majesté le Roi : 



Il y a une différence entre la confiance et les mesures qui doivent accompagner et
concrétiser cette confiance. Si la confiance est là, en revanche, les mesures font
encore défaut. A cet égard, des instructions ont été données au gouvernement et à
toutes les instances chargées de ce dossier pour aller de l'avant. Effectivement,
l'administration au Maroc s'efforce de travailler avec une approche moderne, mais les
obstacles subsistent. Nous essayons de régler le problème et Je m'y emploie
personnellement. Je ne veux pas dire par là que Je détiens l'exclusivité des solutions,
mais cela se règlera en coordination avec les ministères concernés. Je note à cet
égard que le ministère de l'Economie et du Tourisme a joué un rôle important en très
peu de temps. Pour ne citer qu'un exemple, Je dirais que la ville d'Agadir connaîtra dans
les deux ou les trois années à venir la construction de dizaines d'unités hôtelières.
Le fonds Hassan II pour le développement et d'autres départements ministériels
contribuent à cet effort et à cette accélération. Je le répète, la confiance existe,
et ce qu'il nous faut, ce sont plutôt les mesures d'accompagnement. Or, Mon rôle, comme
celui du gouvernement et de l'administration, c'est justement de veiller à l'octroi de
ces facilités aux investisseurs. 



Question : 



Majesté, Vous avez pris une initiative qui a suscité une controverse à l'époque, à
savoir la mise en liberté des prisonniers politiques. maintenant que Vous avez le recul
nécessaire pour en juger, considérez-vous positif ou négatif l'impact de cette
initiative ?



Sa Majesté le Roi : 



Pour moi, l'élargissement de ces prisonniers est d'abord un acte humanitaire dont Je ne
doute pas des effets positifs tant au niveau interne qu'externe. Aujourd'hui Nous en
sommes au stade de l'indemnisation avec plus de 600 dossiers actuellement instruits et à
l'étude. Grâce à Dieu, il n'y a plus aujourd'hui un seul prisonnier politique au Maroc.



Question : 



J’ai noté que Votre volonté d’ouverture est allée jusqu’à autoriser et
laisser entrer au Maroc les journaux étrangers qui en sont arrivés à s’en prendre
à Vous personnellement. S’agit-il là d’une nouvelle politique ?



Sa Majesté le Roi : 



Les Marocains, Je le sais ne sont pas heureux -est c’est un euphémisme-, de voir
certains journaux s’attaquer systématiquement au Maroc ou à Ma Personne. Je sais
aussi que certains disent ou pensent que le fait d'autoriser ces journaux-là peut
traduire une faiblesse de ma part et un respect trop absolu de la liberté de la presse. A
ceux-là, Je dis, au contraire, que c'est un signe de courage. Car en définitive, comment
interpréter le fait que l'on autorise l'entrée et la vente d'un journal ou d'un magazine
qui porte préjudice à Ma personne ou aux institutions officielles du pays ? s'agit-il
d'un acte de courage ou de lâcheté ?.Certes, Je suis pour la liberté de la presse, mais
Je souhaite que cette liberté soit une liberté responsable. Le code de la presse et le
texte portant création du conseil supérieur de la communication audiovisuelle qui seront
adoptés prochainement vont nous permettre d'évoluer dans cette direction. Il y a au
Maroc, la démocratie, le multipartisme et la liberté de la presse, ainsi que des lois
qui les organisent. Il n'y a pas là de contradiction. Il n'est en tout cas dans
l'intérêt de personne que la presse transgresse la loi et perde sa liberté. Dans cette
hypothèse, c'est la presse et les journalistes qui seront les perdants. 



Question : 



Les journalistes sont nos confrères....



Sa Majesté le Roi (esquissant un sourire) : 



Les journalistes ne sont pas des anges non plus. J'apprécie pour Ma part le rôle de
critique que jouent la presse et les journalistes marocains dans le débat public. Mais
gardons nous de succomber à la tentation du modèle importé, au risque de voir nos
propres valeurs aliénées et mettre en cause les libertés individuelles. 



Question : 



Quelles sont les limites à votre avis ?



Sa Majesté le Roi : 



Ce sont les limites que fixe la loi. Celle-ci doit être appliquée à tous. Lorsque la
presse parle des droits de l'homme, elle oublie parfois de respecter ces droits. Car Moi
aussi, en tant qu'être humain, J'ai les mêmes droits. N'ai-je pas les mêmes droits que
ceux que confère la loi à tous les Marocains ? ne suis-Je pas, Moi aussi, protégé par
cette même loi. Je dispose de moyens légaux que Je n'ai pas utilisés. Je serais
obligé, le cas échéant, d'y recourir, mais toujours dans le cadre de la loi. Cela ne
veut pas dire que Je suis un adversaire de la presse, au contraire, J’ai de la
sympathie pour cette profession à laquelle Je ne suis pas indifférent, loin de là, et
dont Je me sens plutôt proche et ami.



Question : 



Pourquoi le Maroc s'est-il éloigné du rôle qu'il jouait pour aider au processus de paix
au Moyen-Orient, surtout que Votre pays a abrité des réunions où ont été prises des
décisions historiques pour la question palestinienne ?



Sa Majesté le Roi : 



Avant de répondre à votre question sur le Moyen-Orient, Je voudrais vous préciser que
le Maroc n'éprouve aucun complexe à rappeler qu'il y a toujours eu, chez nous, des
conseillers, des ministres et des ambassadeurs juifs et il n'y a pas de différence entre
un marocain musulman et un marocain juif. Nous estimons au Maroc que nous pouvons de ce
fait apporter notre contribution dans l'intérêt de toute la région. Il est évident que
J'ai relevé, ces dernières semaines - mais c'est là une impression personnelle - que le
Maroc est marginalisé et qu'on ne lui laisse pas la possibilité d'apporter sa
contribution au règlement de la question moyen-orientale. Malgré cela, Nous sommes
disposé à apporter Notre concours au règlement de cette question qui Nous concerne au
plus profond de Nous-même. Nous avons favorablement accueilli le Plan Mitchell. De même,
Nous avons salué l'initiative jordano-égyptienne et Nous saluerons tout effort pouvant
conduire à l'instauration de la paix au moyen-orient. Une paix qui prenne en compte les
droits légitimes du Peuple Palestinien, notamment celui de disposer d'un état
indépendant, avec pour capitale Al Qods Al Sharif. Nous soutiendrons toute solution qui
débouche sur la paix. Vous n'êtes pas sans savoir que le Maroc a joué un rôle
déterminant et historique dans la recherche de la paix. C'est, en effet, sur sa terre que
fut, entre autres décisions historiques, reconnue l'Organisation de Libération de la
Palestine, comme représentant légitime et unique du Peuple palestinien.



Question : 



Accepteriez-vous de participer à nouveau à la recherche d'une solution ?



Sa Majesté le Roi : 



Je suis à la disposition de tous. Souvenez-vous que vivent en Israël près de 700.000
Juifs marocains qui pèsent un poids politique et économique significatif. Le Maroc,
jouit en outre, d'une forte crédibilité auprès de tous et il tient à ce que le peuple
palestinien retrouve ses droits légitimes. Ce qui contribue à notre crédibilité et
traduit notre bonne volonté, c'est que le Maroc, comme tout le monde le sait, n'a aucun
problème à assumer sa totale solidarité avec le peuple palestinien et sa position
historique et spécifique à l'égard du judaïsme.



Question : 



Le Maroc a-t-il actuellement des contacts avec le gouvernement israélien dirigé par
Ariel Sharon qui, lui, ne laisse aucune chance à la paix ?


Sa Majesté le Roi : 



Il y a d'autres personnes que Sharon au sein du gouvernement israélien.Je ne connais pas
Sharon, mais d'après ce que J'ai observé et entendu, les conditions qu'il met à la
reprise des négociations sont très difficiles à remplir et Nous pensons que ce sont ces
conditions qui entravent la paix. 



Question : 



Nous savons que le Maroc entretient avec les pays du Golfe des relations spéciales, voire
stratégiques pour ce qui concerne les relations maroco-saoudiennes. Que sont-elles
devenues sous Votre règne ? 


Sa Majesté le Roi : 



Les relations avec l'Arabie Saoudite et les pays du Golfe en général sont d'ordre
familial, avant d'être politiques ou diplomatiques. Ce sont des rapports fondés sur
l'affection et le respect mutuel. Lorsque le Maroc a traversé une conjoncture délicate,
le Royaume d'Arabie Saoudite a toujours été à ses côtés y compris pour la question du
Sahara où il a cherché à apporter son concours pour aider à une solution au problème
et instaurer la paix dans la région. Je tiens à cet égard à remercier pour leur
soutien, le Serviteur des Lieux Saints, le Roi Fahd, et son Altesse Royale le Prince
Héritier Abdullah ainsi que Son Altesse Royale le Prince Soltan. En effet, la position
qui a toujours été la leur, à nos côtés, les honore. Et c'est avec optimisme que Nous
envisageons les perspectives d'avenir pour les relations entre nos deux pays. D'autres
pays, que Je ne nommerais pas ici, ont aussi apporté leur contribution à cet ouvrage et
Je tiens à les remercier pour tout ce qu'ils ont fait. Nous avons été honorés par la
récente visite de Son altesse Royale le Prince Héritier Abdullah, qui m'a permis de
constater à quel point nous étions en phase.



Question : 



Comment voyez-vous l'opposition hors-système ? j’entends par là l'intégrisme, ou
l'opposition extrémiste, voire tribale?


Sa Majesté le Roi : 



Pourquoi l'appellerions-nous ''opposition hors-système'' ? elle veut s'exprimer, mais il
est possible qu'elle se trompe de direction et, c'est vous qui avez utilisé le terme
''extrémisme'' qui a une connotation négative. Au Maroc, il y a l'opposition légale que
je considère comme étant constructive. Dans notre pays, il y a le multipartisme avec des
sensibilités allant de la Gauche à la Droite. Ces formations peuvent critiquer la
politique gouvernementale et disposent d'une liberté pleine et entière pour exprimer
leurs points de vue. C'est une opposition légitime et légale, capable de permettre à
chacun d'exprimer son point de vue tout en aidant le pays à se prémunir contre toute
dérive.

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