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Dossiers du maroc

Les guides (2)

Bien sur tous les guides vous parleront des guides. Ceux de papier font des pages sur les autres, les
vrais et les faux. Car au Maroc, le vrai guide est suivi comme son ombre par son double inversé, par
son reflet, son imitation : le faux guide. Comment reconnaître le vrai guide du faux guide ?
Le vrai guide se trouve principalement à la réception des hôtels les plus touristiques ou
éventuellement à l'office de tourisme. Il est en général vêtu d'une djellaba blanche et muni d'une carte
ou d'un badge arborant sa photo. Il vous proposera son assistance pour vous faire visiter la ville
souvent d'un pas débonnaire, les mains dans le dos et vous commentera cette visite de façon plus ou
moins érudite.
Le vrai guide existe aussi en Europe et s'il ne hante pas les abords des hôtels, vous pourrez le
trouver, comme son cousin marocain, à l'office de tourisme, au syndicat d'initiative, voire à l'intérieur
des monuments. Si vous le souhaitez, ici comme là bas, vous pouvez avoir recours à lui. Et souvent,
surtout s'il est passionné par sa ville et s'il connaît bien son histoire, il vous apportera des éclairages
et des informations utiles voire captivants que vous n'auriez pu découvrir par vous-même qu'après des
jours et des jours de recherches dans d'obscurs grimoires, au fond de bibliothèques poussiéreuses ou
dans la clarté glauque de votre écran sur les sites internet les plus confidentiels et les plus spécialisés
de l'histoire locale.
Si vous aimez les visites guidées, si vous êtes pressé et voulez aller à l'essentiel, si vous ne regardez
qu'Arte, alors n'hésitez pas à recourir à un guide sérieux et compétent qui vous fera gagner beaucoup
de temps et vous permettra d'appréhender des perspectives historiques et culturelles passionnantes.
Mais s'il s'agit simplement de flâner dans les souks, de déambuler dans la médina, s'il s'agit de humer
ou de s'imprégner de la vie de tous les jours, d'écouter les chants des enfants s'échappant de la
fenêtre de l'école, de boire un thé à une terrasse, de discuter avec les passants, de marchander avec
les marchands alors fuyez le guide.
Fiez-vous à votre instinct, ouvrez vos yeux et vos oreilles, osez l'aventure, perdez-vous, retrouvezvous,
entrez dans les boutiques, discutez les prix, partez, revenez. Laisser filer le temps, perdez du
temps, adaptez votre rythme au rythme du pays.
Le faux guide lui est habillé comme vous et moi. C'est parfois un enfant, jamais une femme. Il se
trouve surtout aux entrées de la médina, aux abords des monuments les plus importants, près des
zones de parkings, sur les places ou les jardins publics. Il essaiera à toute force de vous persuader
que vous ne pouvez pas visiter la ville sans lui, que vous allez irrémédiablement vous perdre dans les
méandres des souks, que vous allez passer à côté des merveilles des mille et une nuits, qu'il vous
mènera dans des boutiques mystérieuses connues de lui seul où depuis la nuit des temps des
femmes berbères évidemment, filent de leurs doigts habiles des tapis merveilleux de laine et de soie.
Où de farouches artisans forgent pour vous seul des poignards d'acier bleui, d'or et d'argent. Où les
derniers touaregs viennent vous vendre pour une misère leurs bijoux ancestraux.
Ne le croyez pas. Passez votre chemin. Le faux guide est presque toujours insistant, il vous faudra le
décourager. Dites-lui que vous ne voulez pas de ses services, dites-lui que vous voulez visiter la ville
seul, que vous savez où vous allez, que vous n'êtes pas intéressé par ses merveilles.

Parfois l'humour peut en venir à bout. Je me suis une fois débarrassé de l'un d'eux en exigeant qu'il
me présente sa carte officielle de faux guide. Non pas une fausse carte de vrai guide mais une vrai
carte de faux guide, avec le tampon du ministère car je n'avais confiance qu'en les faux guides
officiels. Ecœuré il a préféré tenter sa chance ailleurs. C'est toujours ce qui arrivera après un laps de
temps variable. Si les touristes sont nombreux l'insistance de votre solliciteur sera assez brève,
d'autres "clients" moins déterminés se trouvant à proximité.
Mais si l'activité est creuse vous risquez de le voir s'incruster, vous suivre partout en multipliant les
demandes, les propositions, les questions, parfois les provocations. Il m'est arrivé de me faire traiter
de raciste par un enfant que je refusais de suivre dans la médina. Restez ferme si vous ne voulez pas
recourir à ses services, il finira toujours par se lasser.
En revanche si vous connaissez la ville, si vous y revenez souvent, ou bien si vous y restez plusieurs
jours, le faux guide, avec cette mémoire infaillible des visages commune semble-t-il à tous les
Marocains et qui me stupéfie encore au bout de tant de voyages, vous reconnaîtra immanquablement
et vous ignorera superbement ou bien, abandonnant pour un temps son métier, engagera gentiment
la conversation avec vous, s'émerveillant de votre amour ou de votre intérêt pour sa ville et son pays,
vous souhaitera la bienvenue, vous invitera peut-être chez lui sans arrière pensée. En toute amitié.
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