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Dossiers du maroc

Plus de 6 millions de «travailleurs» sans couverture sociale

Au Maroc, la population active occupée est évaluée à 8,8 millions de personnes : 836 000 dans l’administration et les collectivités locales, 123 000 dans les entreprises publiques et semi-publiques et 7,8 millions dans...le privé, dont seulement 1,2 million de salariés sont déclarés à la CNSS. Petite incursion dans le monde de l’informel !
Pour vivre heureux, vivons cachés» : cet adage, certains entrepreneurs marocains - beaucoup, en vérité - semblent en faire une règle de conduite, au point que pour un observateur, il n’est pas toujours aisé de savoir qui fait quoi, où et comment. Et ce constat relève à peine de la caricature. Combien y a-t-il d’entreprises au Maroc ? Combien de personnes emploient-elles ? Quelle est la part réelle de chaque secteur, de chaque branche dans le PIB ? Et par conséquent, le PIB annoncé recoupe-t-il le PIB effectif ?

Si l’on excepte le million de personnes employées dans l’administration, les collectivités locales et les entreprises et établissements publics - où le salarié est censé bénéficier de la couverture sociale, donc connu des statistiques - où se trouve alors le reste de la population active occupée, soit 7,8 millions de personnes ?

Dans le secteur privé «organisé», ils ne sont que 1,2 million de salariés à être déclarés, en 2001, par les 74 246 entreprises affiliées à la CNSS. Si on a bien fait le calcul, environ 6,5 millions de «travailleurs» sont dans la nature ! Ils échappent à tout contrôle, ils ne bénéficient d’aucune couverture sociale, ils opèrent donc dans ce que l’on appelle le secteur informel.


1,2 millions d’unités de production informelles

Selon les estimations d’un responsable du ministère de la Prévision économique et du Plan, il existerait au Maroc 1 230 914 unités de production informelles (UPI) dont 12,8 % (soit 157 554) à Casablanca. Si ces unités (que l’on retrouve dans l’industrie et l’artisanat, le BTP, le commerce et les services) n’employaient qu’une moyenne de trois personnes, cette population s’élèverait alors à 3,7 millions d’individus.

D’après certains économistes, cependant, l’agriculture de subsistance (ou l’emploi non rémunéré) est également à inclure dans l’économie informelle. C’est ce que fait d’ailleurs la Direction de la Statistique qui évalue à quelque 2,6 millions le nombre de personnes exerçant cette activité, soit près de 30 % de la population active occupée (qui est, rappelons-le, de 8,8 millions de personnes - statistiques du 4ème trimestre 2001).

31% des entreprises du textile ont moins de 5 salariés

Au total, et toujours selon les chiffres de la Direction de la Statistique, 89% de la population active occupée travaillent dans le secteur privé, soit 7 832 000 personnes (dont seulement 1 200 000 sont déclarés à la CNSS) ; 9,5% dans l’administration et les collectivités, y compris la promotion nationale, soit 836 000 personnes ; 1,4% dans les entreprises publiques et semi-publiques, soit 123 000 personnes.

Si donc 7,83 millions de Marocains exercent dans le privé (au sens large du terme) alors que seulement 1,2 million d’entre eux figurent sur les registres de la CNSS, il y a donc une part très importante de travail non déclaré. Le problème est que le travail non déclaré n’est pas seulement le fait du secteur informel (il faudrait à ce propos s’entendre sur une définition précise de ce phénomène, car aujourd’hui ce n’est pas le cas), il est aussi le fait d’entreprises dites organisées, en tout cas des entreprises inscrites sur les tablettes de la CNSS. Sinon comment expliquer que dans le secteur du textile et confection, par exemple, 22,67% des unités déclarées à la CNSS (soit 665 sur un total de 2 927) n’ont signalé aucun salarié en 2001 ! Que 31,33% de ces mêmes entreprises ont employé entre 1 à 5 personnes et que, a contrario, seulement 0,98% (environ 28 unités) avaient un effectif compris entre 500 et 1 000 personnes.

Bien évidemment, il s’agit là d’indicateurs qui, comme tels, donnent une idée mais ne reflètent pas totalement la réalité dans sa diversité, sa complexité. Et en l’occurrence, le secteur du textile et confection a des particularités (comme la prédominance du travail à façon, la saisonnalité...) qu’on ne retrouve pas, ou peu, ailleurs.

Ces particularités expliquent, mais cependant ne justifient pas la précarité de l’emploi, le sous-encadrement et la sous-capitalisation qui caractérisent ce secteur. Un chiffre à ce propos : sur les 208 176 salariés déclarés, 26,60 % (soit environ 55 375) touchent un salaire mensuel variant entre 1 001 et 1 660 DH.

Maintenant que le contrat-programme avec les pouvoirs publics est signé, les professionnels du textile devraient en toute logique s’atteler à la restructuration de leur secteur et procéder aux investissements nécessaires à la création d’une forte valeur ajoutée. Grâce, entre autres, à la réduction des prélèvements sociaux de 50% pour les salaires inférieurs ou égaux à 2 500 DH (qui constituent le gros des salaires distribués puisqu’ils concernent près de 92 000 travailleurs sur les 208 176 déclarés, soit 44,11%) ainsi qu’à la baisse de 20 centimes sur le kWh consommé, les opérateurs du secteur ont désormais les moyens de relancer le secteur.


38% des salariés perçoivent entre 1661 et 2500 DH

Ceci étant, et à l’exception du secteur des services, en particulier les branches banques et assurances, pratiquement tout le reste est dans une situation plus ou moins proche de celle du textile et confection. Il est significatif à cet égard que sur les 1,2 million de salariés déclarés du privé, y compris donc le secteur des services, 38,43% (soit quelque 461 000 personnes) touchent un salaire se situant entre 1 661 et 2 500 DH.

Comme l’a dit un jour un observateur du monde de l’emploi, les entreprises marocaines (pas toutes heureusement), outre qu’elles sont sous-capitalisées, sous-encadrées, ne paient pas assez les compétences dont elles disposent.

Qu’elles commencent par déclarer le personnel, tout le personnel, qu’elles emploient, ce serait déjà un pas énorme vers la transparence, vers la modernité.

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