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Dossiers du maroc

Découvert bancaire : attention aux dérapages

• Le recours des particuliers au crédit de trésorerie a progressé de… 250 % en un an.
• De plus en plus de gens vivent avec le découvert.
• Le découvert, quoiqu’il coûte plus cher que le crédit personnel, est plus souple et plus pratique.

« Je vis avec le découvert », « je traîne mon découvert depuis plus de 12 mois », «mon compte bancaire est constamment au rouge »… Ce genre d’expressions ne choque plus personne, tant l’utilisation du découvert est devenue pratique courante. Preuve en est, les recours des particuliers au crédit de trésorerie ont progressé de près de 250 % sur les douze derniers mois. Au 31 janvier dernier, l’encours frôlait les 3 milliards de dirhams.

Cette progression pourrait être expliquée par plusieurs facteurs. Certains sont liés à l’évolution des besoins des utilisateurs - clients. D’autres, par contre, ont trait aux exigences de développement des banques-fournisseurs. En effet, le vent de modernisme qui souffle sur le Maroc depuis quelques années fait que les habitudes de consommation ont sensiblement changé. Une bonne partie de la population dépense plus qu’elle ne gagne. Certaines personnes préfèrent recourir au crédit à la consommation tandis que d’autres, disposant de revenus le leur permettant, ou ayant déjà consommé tout leur potentiel d’endettement, font appel aux mécanismes du crédit de trésorerie. Le découvert n’étant pas toujours utilisé pour des fins aussi réfléchies, certains y ont eu recours simplement pour avoir mal géré leur budget.

Les banques ne sont pas non plus étrangères à la prolifération des comptes débiteurs dans leurs portefeuilles. La surliquidité dans laquelle baigne le système bancaire marocain depuis presque deux années et le manque d’opportunités d’investissement ont poussé les banques à fermer les yeux sur la situation de débit de certains clients. Le découvert bancaire constitue à ce titre un filon intéressant pour les banques puisqu’il demeure relativement peu risqué et fortement rémunérateur. D’un autre côté, l’évolution des produits et services bancaires, notamment le développement de la monétique et des prélèvements automatiques au profit des tiers (opérateurs télécoms, régies de distribution d’eau et d’électricité, sociétés de crédit à la consommation…), a mis en évidence la nécessité d’organiser et d’institutionnaliser la pratique du dépassement. Cette dernière était encore, il n’y a pas si longtemps, cantonnée dans la relation intuiti personae entre le chef d’agence et le client. La course pour «équiper au maximum» le client fait que les banques intègrent désormais presque systématiquement le découvert dans leurs offres packagées.

Comment fonctionne un découvert ? Combien ça coûte ? Quels sont les pièges à éviter et les conseils à suivre ?
Un découvert correspond à une facilité accordée par la banque sur un compte courant. Il est rémunéré par des intérêts et doit être expressément autorisé par la banque. Ainsi, même si vous n’avez pas forcément de provision suffisante dans votre compte, votre banque vous donne le droit de disposer d’une certaine somme d’argent qui peut aller jusqu’à 50 % voire 100 % de votre salaire pour une très courte période. Lorsque vous alimentez votre compte (salaire, encaissement de chèques, virements, versement espèces…) la banque récupère son avance, majorée des intérêts.
Le découvert est souvent assorti d’une assurance-crédit qui protège la banque en cas d’insolvabilité du client. La domiciliation irrévocable des revenus est par ailleurs exigée.

Le découvert est facturé au taux le plus élevé

Une solution bien pratique mais qui, au final, vous coûte beaucoup! En tout, la banque prélève trois catégories de frais sur le découvert : une commission qui rémunère son autorisation, des frais qui correspondent à l’assurance et, enfin, des agios relatifs à l’utilisation du découvert (cf. encadré). Il faut compter globalement un minimum de 150 dirhams par an de frais fixes. Les agios varient quant à eux en fonction de votre débit et surtout de sa durée. Les dépassements non autorisés sont facturés au taux le plus élevé, à savoir 14,70 % (taux maximum des intérêts conventionnels fixé par Bank Al Maghrib).

Il vous sera très difficile de vérifier l’exactitude des montants prélevés au titre d’agios. Et pour cause, la méthode utilisée pour les calculs nécessite un suivi méticuleux des mouvements de votre compte. La plupart des banques utilisent la méthode des « nombres débiteurs » qui exige par ailleurs une certaine connaissance des dates de valeur. Donc, quand bien même vous suivriez vos transactions au jour le jour, vous ne pourrez jamais «dénicher» l’exact montant facturé, ne pouvant pas déterminer avec précision le nombre de jours débiteurs (voir tableau en encadré).
Seule consolation, les calculs se font automatiquement. Le risque d’erreur est ainsi limité.
Le risque le plus important se situe à votre niveau. C’est votre propension marginale à consommer (à dévorer ?) et à aggraver votre découvert. Moins votre banquier est regardant sur votre débit, plus vous en usez. L’utilisation n’est pas toujours rationnelle et ne répond pas nécessairement à des dépenses incompressibles. Nombreuses sont les personnes qui se sont retrouvées dans une situation inextricable en raison d’écarts de consommation (week-ends répétés, achats inconsidérés…) sans vraiment en avoir les moyens. Et hop, on s’enfonce chaque mois un peu plus. Pour éviter de tomber dans le piège, il faut faire très attention à la gestion de son budget.
Si le découvert répond à des besoins réels de la clientèle bancaire, il peut rapidement tourner au cauchemar s’il est mal utilisé. Et au lieu de servir de réserve d’argent pour les fins de mois difficiles, il se transforme en financement structurel coûteux et qui ne profite finalement qu’une seule fois à son utilisateur.

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