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Linux vs Microsoft

Peaufiné par des milliers de programmeurs bénévoles à travers le monde, Linux se répand de plus en plus dans les entreprises.

Le 25 août 1991, un étudiant finlandais en informatique envoie un message sur internet. Il annonce la création d'un système d'exploitation pour micro-ordinateur. "juste un hobby, ça ne sera ni important ni professionnel." , prévient-il. Dix ans plus tard , les prévisions de Linus Torvalds sont démenties. Peaufiné par des milliers de programmeurs bénévoles à travers le monde, Linux se répand dans les entreprises. Microsoft s'en inquiète. Et comme pour fêter ses dix ans, le logiciel se fait une place dans les entrailles de la Bourse de New York. IBM a annoncé son adoption pour les rapports quotidiens aux courtiers. Une activité qui ne peut "absolument pas tolérer de panne" et qui bénéficiera de "l'efficacité de Linux" , précise le géant de l'informatique, qui a investi 1 milliard de dollars sur Linux pendant l'année en cours.

Drôle d'histoire que celle de ce logiciel associant réussite technique et idéaux politiques, qui s'est taillé, en 2000, 27% du marché des serveurs d'entreprises (ordinateurs stockant des données ou des sites web), selon les estimations du cabinet IDC, derrière Microsoft(41%).

A l'origine, il ne s'agit pas seulement de fournir un programme bon marché et efficace. L'ambition est de forger un outil collectif dont chacun pourrait profiter librement , que chacun peut modifier à loisir. Des motivations qui perdurent chez les concepteurs de Linux. "En 1984, il était impossible d'utiliser un ordinateur et d'avoir ces libertés, se souvient l'Américain Richard Stallman, l'un des pionniers de Linux. Vous aviez besoin d'un système d'exploitation, et tous les systèmes d'exploitation étaient des logiciels propriétaires". Autrement dit: pas utilisables sans le paiement d'une licence pour chaque poste et impossibles à modifier.

Stallman, avec l'aide de développeurs, commence par mettre au point ce qui sera le canevas de Linux, sous le nom GNU ("GNU's not UNIX", une blague d'informaticien, l'acronyme ne livrant jamais sa signification). En 1981, Linus Torvalds annonce le noyau du logicien, autrement dit son "moteur". Linux tire son nom de celui du créateur et se donne un emblème animalier: le manchot. Stallman, de son côté, insiste aujourd'hui pour que le logiciel soit appelé GNU/Linux, en référence à ses origines.

Linux est l'archétype de ce qu'il est convenu d'appeler un "logiciel libre". Mais libre, contrairement à une idée reçue, ne signifie pas libre de droits. Cette catégorie est régie par une licence aux termes précis, la GPL (General Public License). En premier lieu, chacun est libre de décortiquer le logiciel en accédant au code source, les lignes de programme qui en constituent les secrets de fabrication. Ensuite, chacun est libre de le modifier, l'améliorer ou l'adapter à ses besoins. Une condition: tous les changements doivent être rendus publiques et faire l'objet des mêmes modalités d'utilisation et de diffusion.

" le travail est principalement technique, c'est l'écriture de logiciels, raconte R. Stallman. Mais le but, avec un développement d'un tel système, est politique, social et éthique".

Tous les jours, des milliers de développeurs planchent sur le programme et propose des améliorations. Leurs motivations varient : la passion, mais aussi la fierté, la reconnaissance de leurs pairs. Et pour beaucoup, la participation à un mouvement politique, à une action en faveur de liberté. Linux repose en effet sur un modèle coopératif de production impliquant ses usagers. Il introduit du politique dans l'économique. Ainsi, il n'intéresse pas seulement les ingénieurs informatiques, comme en ont témoigné les diverses discussion sur le "libre" lors de l'université d'été du mouvement Attac, en mois de septembre."Son usage est un acte politique associé à la défense d'un commerce équitable, explique Laurent Jesover, le Webmaster d' Attac.

Rapport qualité/prix

On essaie de faire en sorte que les gens dominent les outils plutôt que de subir leur captation par les multinationales ". IndyMedia, le réseau de sites l'information des adversaires de la mondialisation néolibéral, use aussi largement des logiciels libres.

Pour nombre d'États, Linux est même devenu un moyen d'éviter une dépendance trop grande vis-à-vis de la firme de Bill Gates. En France, Linux équipe de nombreux services administratifs: 400 serveurs au ministère de la culture, 650 à la direction générale des impôts. Leur utilisation est soutenue par Matignon. Parmi les arguments cités pour son adoption: la fiabilité, le rapport qualité/prix, mais aussi le fait d'éviter la dépendance vis-à-vis d'un seul fournisseur. "La dépendance peut vite devenir domination économique et idéologique", soutient le député PS Jean-Yves Le Déaut, à l'initiative d'une proposition de loi, l'an dernier, pour favoriser les logiciels libres dans l'administration.

Pour se greffer sur ce curieux modèle alternatif, les entreprises ont dû s'adapter. Car, si l'on peut trouver des versions gratuites de Linux, n'importe qui peut le vendre. Des centaines d'entreprises se sont créées pour fournir ce logiciel aux sociétés, mais aussi des services complémentaires, assistance technique ou formation. Elles font cohabiter, dans un fonctionnement inédit, les visées de débuts, mêlant liberté et entraide, et les impératifs financiers du monde capitaliste. On a même assisté voici deux ans à une folie boursière autour des principales entreprises américaines du secteur, Red Hat, VA Linux..."Notre travail consiste à détecter nos utilisateurs", explique J. Le Marois, le patron de Mandrake Soft, une société française distribuant sa version de Linux. "Ensuite, nous les informons sur nos services et nous cherchons à les transformer en clients. En leur offre la liberté de payer ou non. Ils nous le rendent au centuple, en contribuant à nos développements. Notre logiciel a été traduit en quarante langues par des bénévoles". Mandrake Soft a réussi fin Juillet son introduction en bourse, dans un contexte déprimé, en comptant sur ses propres utilisateurs, priés dans ce cas d'être à la fois militants, clients et actionnaires.

Se met ainsi en place ce que certains appellent une économie du don fondée sur une forme de troc: produit contre compétence. Ceux qui téléchargent Linux utilisent gratuitement les produits, mais ils cherchent aussi à les améliorer.

De leur côté, la plupart des entreprises ne se contentent pas de bénéficier du travail des développeurs de Linux; elles y contribuent. Il est fréquent, en effet, que certains de leurs programmeurs se consacrent exclusivement à Linux, au lieu de projets propres à l'entreprise. "Deux cents personnes au niveau mondial travaillent avec la communauté de développement de Linux", assure Mark Joly, directeur Linux chez IBM France. "C'est fondamental pour notre crédibilité, pour ne pas apparaître comme un parasite du monde Linux", explique Jacques Le Marois.
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